lundi 24 novembre 2014

Peaufiner les dialogues

Les dialogues sont souvent employés pour donner de la vie, de la spontanéité à un récit, pour augmenter l’impression de réalité aussi. Utilisés à bon escient, les dialogues donnent du « punch » à certaines scènes et peuvent même servir de tremplin pour un nouveau bouleversement du récit.

Les dialogues réussis ont deux fonctions principales :

1. Faire avancer l’action
Si le dialogue mis en place n’apporte rien à l’intrigue, c’est qu’il est superflu. Le dialogue doit mettre à nu une nouvelle information importante pour la suite du récit, générer des conflits, permettre de traduire les états d’âme d’un personnage (surtout si cela a des conséquences pour la suite du récit), mettre en relief les relations entre les personnages (les unions, les conflits d’intérêt, les adversités, etc).

2. Caractériser les personnages
Les dialogues sont une mine d’informations sur les personnages. Ils nous apprennent par exemple quel est le niveau d’éducation de celui qui prend la parole, quelle est son origine culturelle, géographique ou ethnique, comment se définit son caractère, sa personnalité, quel est son état émotionnel sur le moment, quels sont ses rapports avec ses interlocuteurs, etc. Ainsi, le vocabulaire qu’emploie ce personnage, ses tournures grammaticales, un accent ou des expressions spéciales, le ton utilisé, sa gestuelle au cours de l’échange, sont autant d’indicateurs de son unicité.

L’erreur la plus commune et qui donne des maux de tête aux auteurs lorsque vient le moment de la réécriture, c’est lorsque les dialogues rédigés sont trop longs. Pourquoi avons-nous (presque) systématiquement tendance à écrire de longs dialogues?
1. Nous voulons tout expliquer, voire trop expliquer. Nous oublions parfois que le lecteur est un être raffiné, capable de percevoir les nuances et de comprendre les subtilités d’un récit sans que tout ne lui soit livré en toutes lettres.
2. Nous voulons « copier » la réalité. Effectivement, un récit se doit d’être vraisemblable, mais pas ennuyeux. Un récit se veut « comme » la réalité, mais il demeure inventé.

Quelques remèdes à cette situation fâcheuse?
1. S’il est possible d’introduire l’information véhiculée dans le dialogue par une action, vous aurez avantage à choisir cette deuxième option.
2. Ouvrez la scène le plus tard possible dans le dialogue sans escamoter l’information que vous désirez livrer, quitte à plonger le lecteur au milieu d’un dialogue entamé depuis longtemps entre vos personnages. Allez directement à l’essentiel de ce qu’ils ont à se dire.
3. Quittez la scène de dialogue de la même manière. Les adieux et les au revoir sont bien souvent sans importance pour votre intrigue.
4. Ne reproduisez pas chacune des répliques de vos personnages; certaines peuvent être sous-entendues dans une description ou une incise, des sauts dans la discussion peuvent être insérés avec doigté.
5. Ne sous-estimez pas les silences entre vos personnages. Ils en disent parfois aussi longs que les mots prononcés…

Bien entendu, ce ne sont pas là des règles rigides; il faut savoir adapter selon votre style propre, le rythme du récit et le contexte.

Karine

lundi 17 novembre 2014

Écrire, c'est difficile?

Et alors? quel mérite y a-t-il à réussir ce qui est facile? quel intérêt y a-t-il à pratiquer une activité qui ne donne pas quelques défis à notre intellect ou à notre corps?

Acquérir une habileté, peu importe qu'elle soit physique, psychologique, intellectuelle ou, comme c'est le cas le plus souvent, un mélange des trois, demande de l'entraînement, de la motivation, de la répétition (même s'il s'agit d'un mot abhorré de plusieurs auteurs), de l'ouverture. Pour devenir un maître, il faut plus. Il faut la passion, l'engagement, la volonté d'atteindre un idéal. Il faut travailler continuellement à s'approcher de cet idéal (qui ne sera probablement jamais atteint). Il faut savoir garder sa motivation et son intérêt même quand nous sommes les seuls (ou presque) à voir que cet idéal n'est pas atteint, même quand notre recherche de cet idéal n'est pas compris ou partagé autour de nous, même quand les autres persistent à ne considérer que le résultat sans comprendre tout l'effort qui se cache derrière. L'écriture est difficile, son parcours est semé d'embûches et de détours, quelques fois de cul-de-sac.

Mais, n'est-ce pas ces mêmes difficultés qui nous poussent à lire? Se laisser toucher par la façon dont un auteur a résolu l'une d'entre elles, n'est-ce pas un des plus beaux cadeaux que peut nous faire une lecture? Cela peut même raviver notre amour de l'écriture et nous ramener sur la voie de notre entraînement d'écriture. Cela peut même donner l'envie d'être écrivain à ceux qui n'ont pas l'envie d'écrire.

Mais, n'est-ce pas ces mêmes difficultés qui nous poussent à écrire, à relever les défis qu'elles permettent de relever? Trouver la meilleure façon d'exprimer une idée, mettre le doigt sur le mot juste, discuter ou réfléchir aux nuances apportées par l'emplacement d'une virgule, trouver l'action parfaite pour notre intrigue, nuancer parfaitement la réaction d'un personnage pour qu'elle s'accorde parfaitement à sa personnalité, etc. n'est-ce pas ce qui rend cette activité si excitante?

Écrire, c'est difficile? Bien sûr que ce l'est, c'est ce qui fait tout son charme.

Mais, si des fois, il vous semble que ce l'est trop, voici une pensée pour accompagner vos réflexions et vous aider à faire taire vos ruminations :

Comment en effet [voulez-vous] accéder à un sommet par un itinéraire tout plat?
Sénèque


Caroline





lundi 10 novembre 2014

Le temps de latence

Écrire un texte est très différent d’en faire la découverte par la lecture. Voilà pourquoi votre texte mérite d’être laissé de côté quelque temps avant sa réécriture.

Quelle est la durée idéale pour cet abandon temporaire?
Aucune, ce n’est pas une question de temps, c’est une question de mémoire et de disposition d’esprit.

Lors de la (re)lecture d’un livre, une des principales distinctions entre le lecteur et l’auteur est que l’auteur est conscient d’un univers beaucoup plus grand que le texte seul. Beaucoup d’éléments de description, de psychologie, d’histoire, etc. ont été développés par l’auteur sans être insérés dans la version écrite. Ceux-ci restent dans sa mémoire et faussent l’impression que le texte dégage. Il a aussi une idée très précise de son intrigue, qui est souvent très claire pour lui, ce qui lui empêche de détecter confusions, oublis ou même répétitions.

Le temps de latence est un outil pour se débarrasser de ces informations et augmenter la qualité de la réécriture. Il sert à nous donner le temps de chasser l’univers de notre histoire de nos pensées journalières pour tenter d’avoir une lecture plus de type lecteur qu’auteur lors de la suite du travail.

La durée du temps de latence dépendra donc de la capacité de chacun à passer d’un état à l’autre, des évènements quotidiens — certains évènements ou activités nous permettent de décrocher plus rapidement — ou encore de notre échéancier.

Caroline

mardi 4 novembre 2014

S’assurer que les personnages ne sont pas interchangeables

Ce qui distingue le plus un personnage d’un autre, ce n’est pas tant son aspect physique que sa personnalité, ses buts, ses valeurs, ses choix. Ainsi, une astuce comme la mise en situation comparée est un outil simple pour s’assurer que chaque personnage a un univers personnel et apporte un plus — qui ne pourrait pas être amené par un autre personnage — à l’histoire.

La mise en situation comparée en action :
1- Choisir trois situations en lien avec l’intrigue principale, mais de type différent, par exemple, une scène d’action, une scène de réflexion, une conversation.
2- Mettre en action, les personnages, chacun leur tour, dans chacune des mises en situation.
3- Comparer les résultats.

Les choix, actions et réactions des personnages dans ces mises en situation vous aideront pour analyser vos personnages, pour découvrir s’ils ont vraiment une personnalité (distincte) et vont donneront des indices pour retravailler vos personnages au besoin.

Caroline