lundi 25 avril 2016

Étoffer un personnage (7)

Évolution du personnage :
Transformation graduelle et continuelle ou prise de conscience soudaine qui provoque un changement dans le caractère ou les conceptions d'un personnage.


L'évolution d'un personnage découle de la friction entre sa personnalité et l'intrigue. La personnalité initiale s'érode lentement pour devenir celle de la conclusion du récit. Aussi, dans un sens, elle fait partie de la description du personnage, surtout s'il s'agit d'un personnage principal.

Comment cette friction s'illustre-t-elle dans le récit?
— par la rencontre entre le personnage et des opinions, faits ou évènements qui vont à l'encontre de ses opinions, de ses valeurs et de ses conceptions de la vie,
— par la mise à l'épreuve du personnage (défis, responsabilités, pertes, ennuis, etc.),
— par l'affrontement,
— par les réactions des autres personnages à son endroit,
— par le temps qui atténue certaines blessures ou qui change les préoccupations dominantes,
— par un changement drastique dans la situation du personnage,
— par les conséquences de ses actions (s'il s'aperçoit que son mode d'action ne l'amène pas au résultat désiré, il peut décidé d'en essayer ((ou d'en adopter)) un autre ou encore des dommages collatéraux peuvent l'amener à réviser ce qui lui semble être un comportement acceptable),
— par les émotions qu'il traverse,
— par ce que le personnage veut changer ou réaliser,
— etc.


En fait toutes les situations et les interactions qui permettent au personnage d'en apprendre plus sur lui-même ou sur la vie sont susceptibles de le faire évoluer.


Caroline

lundi 18 avril 2016

Réalisme / vraisemblance

Réalisme :
Qui relève de la réalité.

Vraisemblable :
Qui relève de la logique interne du récit et qui, par conséquent, est considéré comme vrai par le lecteur.

Pour la logique interne, la vraisemblance est plus importante que le réalisme. Ceci dit ce n'est pas tous les éléments qui peuvent s'éloigner aussi facilement du réalisme. Ainsi, si le lecteur accepte facilement le non-respect des règles scientifiques (ex. magie) ou politiques, il a plus de difficulté à accepter un changement dans les règles de la psychologie. Par exemple, l'émotion, pour rester logique, doit être le plus près possible de la réalité. Ainsi, un personnage qui exprimerait sa colère par une activité qui demande de la maîtrise de soi (ex. jongler) paraît peu plausible au lecteur pour qui l'expérience de la colère se combine à une perte de contrôle.

Même le récit se déroulant dans un contexte réaliste peut céder le pas à la vraisemblance en montrant des éléments qui ne sont pas nécessairement impossibles, mais quand même improbables: par exemple

— par le raccourci logique :
*Lorsqu'une scène est décrite avec moins d'informations que nécessaire pour remplir une durée d'action logique (par exemple, une mère qui appelle son enfant pour l'obliger à manger et lui sert un gros déjeuner et qui, au bout d'une conversation de quelques répliques le pousse dehors pour ne pas qu'il manque l'autobus).
*Lorsqu'un personnage va quelque part seulement pour y faire une rencontre fortuite. (Par exemple, il passe au bureau, dès qu'il arrive, il rencontre un autre personnage qui lui apprend quelque chose. Le personnage annonce alors qu'il a un rendez-vous à l'extérieur et qu'ils en reparleront plus tard).
*Lorsqu'un personnage cumule plusieurs rôles qui sont normalement tenus par des personnes différentes.
*Lorsque certaines formalités sont ignorées ou allégées (par exemple, les règles d'embarquement dans les avions.).
*Etc.

— par la négation de ce qui pourrait se passer pendant les ellipses :

*Dans certaines intrigues, les personnages se rencontrent certainement pendant les ellipses (membre d'une même famille, collègue, etc.), pourtant il ne s'y passe jamais rien d'important ou, en tout cas, rarement. Il arrive même qu'une conversation commence en un lieu et se poursuive dans un autre lieu comme si les personnages s'étaient déplacés en silence de l'un à l'autre.

— par la coïncidence systématique :

*La fréquence des coïncidences est généralement beaucoup plus élevée dans un récit que dans la réalité. Que ce soit les personnages qui se trouvent exactement au bon endroit au bon moment ou qui se manquent de justesse ou les intrigues secondaires qui amènent sur le tapis exactement les bons sujets pour permettre aux personnages d'avoir le déclic nécessaire à la poursuite de l'intrigue, les coïncidences permettent au récit de tenir dans un court laps de temps et d'évoluer dans un sens précis.

— par la probabilité faible, mais assurée :
*Le héros est pris sur une île déserte, mais pour réussir sa quête, il a besoin de se retrouver ailleurs dans un délai assez bref? Fort probablement, ses chances de réussir à quitter l'île et à se retrouver ailleurs au bon moment sont inversement proportionnelles à ce quelles seraient dans la réalité.

— par la correspondance entre les priorités de chacun :

*Ainsi, lorsqu'un personnage revient sur une conversation précédente ou aborde un sujet de façon impromptue l'autre sait systématiquement de quoi il parle sans qu'il ait besoin de le préciser.

— par le bagage de connaissances collectif :
*Les connaissances de l'ensemble des personnages sont suffisantes pour se sortir de n'importe quelle situation, surtout lorsqu'ils n'ont pas accès à un complément d'information.
*Un personnage a entendu ou vu une information, mais sans y prêter trop d'attention. Ce n'est pas grave, il s'en souvient quand même au moment où il en a besoin.


Caroline

Voir aussi:
La logique interne
La logique étroite
La logique linéaire
la logique large

lundi 11 avril 2016

Schéma actanciel : quête et objet

Dans le schéma actanciel, la quête correspond à une intrigue. Que celle-ci soit principale, secondaire ou tertiaire dans le récit, elle peut se trouver au centre du schéma actanciel où elle est toujours présentée selon le point de vue du sujet. La quête peut aussi être une étape d'intrigue complexe si on veut faire des schémas actanciels plus précis afin de mieux cerner les relations entre les personnages.

Pour s'aider à compléter le schéma actanciel, il peut être utile de lister les différentes péripéties que les personnages auront à franchir pour réaliser leur quête.

L'objet, quant à lui, est le résultat espéré par le personnage choisi comme sujet. C'est l'objectif du sujet. Celui-ci peut être l'acquisition d'un objet (arme, antidote, etc.), une action à réaliser (atteindre le centre du labyrinthe, donner une lettre en main propre à quelqu'un, etc.), une valeur à rétablir (trouver le coupable, par exemple, rétablir la justice) ou une qualité à acquérir.

Selon le point de vue analysé, l'objet peut être une chose ou son contraire. Il peut être l'obtention (ou non) de quelque chose de concret (le meurtrier, une arme permettant de vaincre l'ennemi, etc.) ou d'abstrait (obtention d'une promotion, victoire morale, prise de décision, etc.).

Tous les personnages qui participent à une même quête n'ont pas nécessairement le même objet. Par exemple, des personnages participant à une course ou une compétition pourraient tous vouloir gagner (même quête et même objet) et alors un seul d'entre eux finirait par atteindre l'objet; ou encore leur objet respectif pourrait être différent : la victoire, finir dans les cinq premiers, battre un record personnel, finir la course, etc. Dans ce cas, les personnages atteindront ou non leur objet de façon indépendante (sauf si plusieurs personnages ont comme objet des buts qui ne peuvent être atteints que par un nombre limité de personnages).


Caroline

lundi 4 avril 2016

Étoffer un personnage (6)

La réputation d'un personnage est différente de sa description, car elle ne relève pas du même point de vue. Elle est le fait du point de vue d'au moins un autre personnage que de celui dont il est question. Comme dans la vie, un personnage n'aura pas nécessairement le même comportement avec tous ceux qu'il côtoie, il est donc susceptible d'avoir autant de réputations qu'il y a de personnages qui le rencontrent.

On peut choisir de présenter un personnage que de son point de vue (sa description) que du point de vue d'un autre personnage (sa réputation) ou tour à tour de ces deux points de vue. Le choix de présenter un personnage en utilisant sa description ou sa réputation doit être guidé par le sentiment que l'auteur veut que le personnage provoque chez le lecteur. Dépendamment du sentiment voulu, ce sera la description ou la réputation qui sera la plus adaptée.

La réputation permet de créer chez le lecteur une opinion très tranchée à propos d'un personnage. Ça permet de l'obliger à prendre parti pour le personnage de notre choix. Toutefois, pour que l'effet soit complet, il faut utiliser un narrateur qui n'emploie jamais le point de vue du personnage décrit par sa seule réputation.

La description permet d'aborder le personnage avec ses ambiguïtés, ses dilemmes et ses paradoxes. Elle permet au lecteur de se faire sa propre idée du personnage.

Présenter tour à tour la description et la réputation peut permettre :
— au personnage de prendre conscience de l'impact de ses actions,
— de surprendre le lecteur en changeant ce qu'il croyait savoir d'un personnage,
— de présenter deux points de vue opposés d'une même situation,
— d'expliquer pourquoi deux personnages ne peuvent pas s'entendre,
— de créer une querelle épique (si les points de vue se révèlent l'un à l'autre dans une discussion) ou, à l'inverse, de permettre un rapprochement entre deux antagonistes,
— etc.


Caroline