mardi 29 mars 2016

Schéma actanciel : destinataires, adjuvants et opposants

Dans le schéma actanciel, les destinataires sont les personnages à qui bénéficie l'objet de la quête. Déterminer qui sont les destinataires, c'est déterminer quels personnages ont intérêt à ce que la quête réussisse. Ce qui ne signifie pas que les destinataires ont intérêt à ce que la quête soit menée par le sujet : dans certains cas, la personnalité de celui qui complétera la quête sera capitale pour la qualité de vie dans la suite des choses.

Les adjuvants sont ceux qui aident le sujet à atteindre l'objet de la quête. Ils ne sont pas nécessairement des destinataires (par exemple, un mercenaire aidera à vaincre l'ennemi sans profiter de la paix qui s'ensuivra, un personnage rencontré au hasard des péripéties échangera un service contre sa collaboration sans même connaître l'existence de la quête, un ami aidera simplement pour son ami, la tempête qui ralentit la progression de l'ennemi sera terminée depuis longtemps à la fin de la quête, etc.). Un adjuvant peut donc avoir un intérêt personnel à collaborer à la quête différent de celui des destinataires, puisque de son point de vue, il s'agit en fait d'une quête différente.

Les opposants sont ceux qui nuisent au sujet pour atteindre l'objet de sa quête. Mais, ça n'implique pas qu'ils soient tous opposés à l'objet de la quête. Certains pourraient même ne pas le connaître, vouloir obtenir l'objet à la place du sujet, s'opposer au héros simplement par plaisir, par vengeance ou parce qu'ils n'aiment pas le sujet.

Les relations entre les personnages peuvent évoluer au cours du récit. Certains personnages peuvent ainsi changer de catégorie en cours de route. Ils peuvent donc être tour à tour adjuvants et opposants. Aussi, les destinataires, adjuvants et opposants peuvent dépasser les acteurs du récit et être des concepts, des objets, des valeurs, des évènements, des coïncidences, des lois de la physique… qui ont un impact dans le déroulement du récit.

Partager les personnages entre destinataires, adjuvants et opposants est un bon exercice pour :
— situer les personnages les uns par rapport aux autres dans leurs interrelations,
— établir les motivations de chacun,
— trouver des alliances (temporaires ou permanentes),
— développer les intrigues secondaires,
— rendre cohérentes les réactions de chacun des personnages lors des avancées, des stagnations ou des reculs de la quête,
— etc.


Caroline

lundi 21 mars 2016

Schéma actanciel : sujet

Dans le schéma actanciel, le sujet est le personnage (ou les personnages) qui entreprend la quête. Il représente le point de vue selon lequel la quête est analysée. Ainsi, pour une même intrigue, le sujet peut être celui qui veut réussir à obtenir quelque chose ou son opposant le plus farouche qui veut l'empêcher de l'obtenir. En fait, la quête est nommée selon le point de vue du personnage choisi comme sujet. Celui-ci est le point central du schéma actanciel. Il induit le point de vue qui sera analysé. 

Lorsqu'on construit un schéma actanciel, on rempli d'abord la case « sujet ». Ensuite, les autres informations sont déduite de par le point de vue du personnage choisi comme sujet.

Pour un récit où le narrateur adopte le point de vue de plusieurs personnages, il peut être utile de faire un schéma actanciel différent pour chacun des personnages dans le rôle du sujet pour chaque intrigue dans lesquelles ils sont impliqués.

Caroline

lundi 14 mars 2016

Étoffer un personnage (5)

Les lecteurs sont avant-tout des êtres humains qui ont appris, dès leur plus jeune âge, à interpréter le monde qui les entoure. Pour ce faire, ils ont développé des outils de communication, mais surtout, ils ont appris à déduire des informations à partir de signes non-verbaux. Plus le lecteur a l'impression de « rencontrer » le personnage comme il ferait une rencontre dans la vraie vie, plus il se sentira concerné par les enjeux du personnage et plus il sera sensible à l'identification et à l'attachement.

Pour présenter le personnage comme si le lecteur le rencontrait en personne, il faut catégoriser les informations : celles qui doivent être dites et celles qui doivent être suggérées. Par exemple, on devine difficilement que deux personnages sont frère et sœur à cause de leur comportement, cette information sera donc dite (écrite) pour les lecteurs au moment où nous voudrons qu'ils l'apprennent. Pour les émotions en revanche, c'est souvent l'inverse, elles transparaissent plus souvent dans le comportement des gens qu'elles ne sont nommées spécifiquement. Elles peuvent être mal interprétées, confondues, présentées un nombre infini de nuances, interprétées différemment par différents protagonistes, etc.

Ainsi, nommer l'émotion met le lecteur dans une situation qui n'est pas familière pour un témoin, mais qui est plutôt celle d'un absent à qui on raconte ce qui s'est passé. Il se sent beaucoup moins impliqué.


Cette situation mettait Bob en colère parce qu'elle lui rappelait une situation similaire dans son passé.



Pour sa part, suggérer l'émotion met le lecteur dans la même situation que les autres personnages. Le lecteur doit déduire lui-même l'émotion : il peut mal l'interpréter ou la confondre, mais sa réflexion, son interrogation ou sa conviction entourant l'émotion suggérée place le lecteur dans une situation qui le rapproche beaucoup de son vécu réel. Cette présentation en suggestion de l'émotion lui semblera donc plus naturelle et le personnage lui apparaîtra ainsi plus profond.


Bob marchait de long en large sur le tapis usé. Les bras fouettant l'air avec brusquerie, il semblait engueuler quelques malheureux être invisibles ou imaginaires. Pour ses subordonnés, qui l'observaient à travers la baie vitrée de son bureau, le message était éloquent, même si peu d'entre eux auraient pu l'expliquer. Ils se jetaient des regards inquiets dans un silence absolu qui ne fut pas briser avant plusieurs minutes.

— Bonne chance au prochain qu'il appellera dans son bureau, lança Alice avant de profiter d'un rendez-vous avec un client pour s'éclipser.



Évidemment, une information suggérée peut éventuellement avoir besoin d'être précisée ou expliquée pour justifier une conséquence, pour éviter ou dénouer un malentendu, pour complexifier ou simplifier les relations entre les personnages.


Caroline

mercredi 9 mars 2016

Les trois qualités d'une bonne description

Les descriptions sont avant tout un terrain d'entente entre l'auteur et le lecteur. Ce sont elles qui permettent au récit de passer de l'un à l'autre. C'est pourquoi une bonne description doit tenir compte à la fois du lecteur, de l'auteur et du récit.


Clarté :
Façon de dire ou de raconter les informations qui facilite la compréhension du lecteur.


Précision :
Équivalence entre la vision de l'auteur et la narration.


Personnalisation :
Donner aux informations, aux personnages, aux lieux, aux actions, etc. un caractère unique pour bien faire sentir qu'il s'agit du récit d'un contexte particulier et non pas d'un cas général.


Les meilleurs outils pour enrichir et améliorer une description sont :
— La maîtrise du vocabulaire, de la grammaire et de la syntaxe,
— L'évitement, si possible, des expressions communes ou des clichés de description,
— Une bonne orientation spatiale (une visualisation claire des lieux et des actions),
— Une bonne connaissance du contexte, des personnages et de l'intrigue,
— Une empathie pour les personnages (surtout ceux dont on suit le point de vue),
— Une sensibilité pour les nuances, les connotations,
— Une pensée pour le lecteur (c'est-à-dire, se mettre dans la peau du lecteur lors de la relecture)
— La réécriture,
— La pratique,
— Un lecteur allié.

Caroline

mercredi 2 mars 2016

Schéma actanciel : destinateur

Dans le schéma actanciel, le destinateur initie la quête. Il peut déclencher l'évènement perturbateur, mandater le héros ou pousser le personnage principal à prendre les choses en main. S'il s'agit d'un personnage, il veut pour une raison ou une autre que la quête se fasse. Il peut s'agir d'un personnage créé spécifiquement pour remplir ce rôle, du sujet lui-même, d'un de ses acolytes ou encore d'un groupe de personnages plus ou moins distinct. Il est possible de considérer une valeur comme destinateur si celle-ci prend une importance capitale dans la psychologie du sujet (par exemple, le sens de l'honneur, l'ambition, la vengeance, etc.). Un évènement pourrait être considéré comme destinateur s'il place le sujet dans une situation où il n'a pas le choix de réagir (rupture, mise en danger, etc.). Encore plus abstrait, le sujet peut être mandaté par une attente qu'il croit qu'on (la société, ses parents) a envers lui, par une prophétie, par son destin.

L'importance du destinateur réside dans ce qu'il précise la motivation du sujet. Au cours du récit, cette motivation, par sa spécificité, justifie les décisions et les réactions du sujet; les cordes sensibles sur lesquelles pourront jouer, à leur insu ou en toute connaissance, ses adjuvants pour lui redonner confiance, pour qu'il choisisse un plan plutôt qu'un autre, pour le conseiller, et ses opposants, pour le démotiver, pour le piéger, pour le détourner de sa quête.


Caroline