lundi 29 septembre 2014

Comment

Lors de la rédaction d’un récit, il n’est pas rare que des questions commençant par l’adverbe comment nous viennent à l’esprit.

— Comment amener mes personnages du point A au point B ?
— Comment résoudre une difficulté ?
— Comment communiquer une information (narration, dialogue, implicitement, explicitement, en une fois, par bribes, etc.) ?
— Comment se déroule telle situation (métier, rituel, etc.) dans la vraie vie ?
— Comment utilise-t-on telle ou telle technique ?
— Comment reconnaît-on telle technique, tel objet, tel être vivant, etc. ?
— Comment éviter que mon intrigue soit trop linéaire ou trop invraisemblable ?
— Comment les personnages doivent-ils agir les uns envers les autres ?
— Etc.

Les réponses aux comment sont souvent multiples. Et, il y en a souvent plus d’une d’intéressante. Elles nous forcent donc à choisir. Par exemple, il peut exister une dizaine de façons de se rendre du point A au point B. Il est souvent plus constructif de ne pas s’arrêter à la première réponse qui nous vient à l’esprit, mais d’en lister plusieurs. Puis, de les soupeser avant de choisir celle qui enrichira le mieux notre récit.

Caroline

lundi 22 septembre 2014

La preuve romanesque


« Il est en effet plus difficile de mettre des répliques constamment drôles dans la bouche d’un personnage que de prétendre (paresseusement et sans donner de preuve) qu’il l’est. »* - Marc Fisher

En tant que lectrice (acharnée) et auteure (à temps perdu… — un peu d’autodérision ici), mon expérience m’enseigne que dans les romans, un peu comme au cinéma, il ne suffit pas de dire les choses, il faut surtout les mettre en action, car c’est ainsi que l’émotion naît (en tout cas, c’est comme ça pour moi!), et cela est normalement garant de l’intérêt du lecteur à poursuivre sa lecture.

Voyons deux exemples pour expliquer ce qu’est la preuve romanesque :

Texte 1
« Depuis la deuxième secondaire, Roxanne est éprise du beau Hugo, qui de son côté ne semble pas la remarquer. Roxanne est consciente que sa réputation de première de classe ne l’aide en rien à attirer l’attention des garçons. La jeune fille soigne pourtant son apparence et, sous les conseils de sa meilleure amie Claudia, a récemment osé le maquillage. Elle a mérité quelques compliments, mais évidemment pas de la part d’Hugo. Roxanne voudrait tant qu’il la remarque! Secrètement, elle échafaude différents scénarios dans lesquels elle trouve enfin le courage de lui parler. »

Texte 2
« Roxanne jette un regard désintéressé au pupitre libre à côté du sien. La porte qui s’ouvre en grinçant attire alors son attention. Hugo fait son entrée et repère aussitôt le seul pupitre disponible. Plus le jeune homme avance, plus vite bat le cœur de Roxanne. Elle sent le rouge monter à ses joues et la panique l’envahit à la seule idée qu’il puisse la voir ainsi. Roxanne jette un coup d’œil vers sa meilleure amie Claudia, assise sur sa droite. Celle-ci lui glisse entre les doigts le tout nouveau gloss acheté la veille, soulignant son geste d’un clin d’œil complice. Nerveusement, Roxanne applique le rose sur ses lèvres.
— Je suis content d’être à côté de toi, entend-elle alors. Toi, t’es bonne en maths, je vais peut-être finir par comprendre de quoi!
            Levant les yeux, Roxanne manque de s’étouffer en réalisant qu’Hugo lui adresse la parole. Incapable d’articuler un mot, elle tente un sourire maladroit. Zut! Je dois absolument trouver le moyen de lui parler sans avoir l’air d’une imbécile, se promet-elle. Après tout, on sera voisin de pupitre pour le reste de l’année. Roxanne sourit à cette pensée. »

Dans le premier texte, on nomme, on présente les sentiments amoureux de Roxanne. Dans le deuxième, on met en scène ces mêmes sentiments, on prouve l’amour qu’elle éprouve pour Hugo en montrant les « symptômes » de cet amour (son cœur qui bat plus vite, le rouge sur ses joues, sa nervosité, son incapacité à lui parler). Cela ressemble à la façon dont nous percevons nos propres sentiments (et reconnaissons les sentiments chez les autres), ce qui donne de la profondeur aux  ressentis de nos personnages et facilite l’apparition d’un ressenti similaire chez le lecteur.

De plus, le texte 2 a l’avantage de mettre les personnages en action. On y trouve un début d’intrigue (Hugo sera assis aux côtés de Roxanne toute l’année) qui laisse entrevoir le développement d’autres péripéties et sous-intrigues (Roxanne tentera diverses actions pour tirer profit de cette situation et atteindre son objectif : avoir l’attention d’Hugo).

La preuve romanesque est donc essentielle. Elle s’élabore dès les premières esquisses des descriptions de nos personnages et de notre plan, puisque les contextes, actions et réactions en sont des éléments centraux.

Karine

* Source : FISHER, Marc. Conseils à un jeune romancier, Montréal, Québec Amérique, 2000, page 124



lundi 15 septembre 2014

Pourquoi

La motivation est essentielle pour donner de la profondeur aux personnages et de la crédibilité à l’intrigue. C’est normal, l’être humain a besoin de comprendre (c’est une des occupations principales du cerveau) et les lecteurs n’échappent pas à cette règle. C’est la raison pour la laquelle Pourquoi est un mot qui doit nous accompagner tout au long de la conception de notre récit. 

— Pourquoi les personnages s’engagent-ils dans l’action ?
— Pourquoi cette réaction plutôt qu’une autre ?
— Pourquoi le personnage cache, confie ou donne une information ?
— Pourquoi donner ou cacher une information aux lecteurs ?
— Pourquoi les interactions entre les personnages amènent l’intrigue dans un sens ou dans l’autre ?
— Pourquoi les personnages réussissent ou échouent devant une épreuve ou un obstacle ?
— Pourquoi un personnage ressent une émotion plutôt qu’une autre ?
— Pourquoi utiliser un mot plutôt qu’un synonyme de connotation différente ?
— Etc.


Des fois, les réponses à ces questions apparaissent explicitement dans le texte. D’autres fois, elles sont invisibles (entre les lignes) servant alors à maintenir la cohérence du récit. Mais chacune d’elle est importante pour la logique et la vraisemblance de l’histoire, pour faciliter l’écriture, pour rendre plus logique et agréable la lecture.


Caroline

lundi 8 septembre 2014

Intrigue ou personnage?

Il m’arrive parfois de terminer la lecture d’un roman et de constater qu’il ne s’y est rien passé, que l’histoire n’a que très peu évolué entre la première et la dernière page. Je réalise alors que ce qui a gardé mon intérêt jusqu’à la fin, malgré la pauvreté de l’intrigue, est la profondeur du personnage, ses questionnements, ses crises d’angoisse, ses petites joies, ses illusions, ses défaites, ses idées, son humour, etc. Bref, un personnage attachant et émouvant, un personnage à la psychologie bien développée, avec son lot de problèmes et de manies typiquement humains (un personnage vivant, quoi!) peut attiser ma curiosité au point de me faire oublier la stagnation de l’histoire. Ce fût le cas à la lecture de certains romans de Martin Page (Peut-être une histoire d’amour, éditions de l’Olivier, par exemple) ou de Charlotte before Christ (éditions du Boréal) du québécois Alexandre Soublière.

À l’inverse, il m’arrive de lire des romans où les péripéties sont si nombreuses que je ne saurais remettre l’histoire en ordre du premier coup, ou encore, des histoires bien ficelées, avec des suspens bien dosés et de belles surprises, mais qui, malheureusement, n’ont pas su me rendre leurs personnages attachants. Ces romans (je n’en nommerai pas) sont pour moi comme certains films de divertissement américains : je passe un bon moment pendant que je les regarde (les lis), mais aussitôt qu’arrive le mot FIN, je passe à autre chose. Contrairement au premier type de roman dont j’ai fait mention, je ne me surprends pas (ou très rarement) à repenser à l’histoire, aux situations vécues par les personnages ou aux personnages eux-mêmes quelques jours plus tard alors que j’attends l’autobus…

Personnellement, j’ai assurément un penchant pour les personnages tourmentés, qui se heurtent aux dures réalités de la vie (ce qui n’empêche en rien l’humour, ni une fin heureuse). Chacun a ses préférences côté lecture, c’est ce qui permet à une variété de styles de cohabiter (et de survivre!). Il en va de même pour l’écriture. Mon petit doigt me susurre même qu’il est fort probable que vous aimiez écrire ce que vous aimez lire…

Idéalement, un bon roman saura doser les deux aspects abordés ici : des personnages bien campés auxquels le lecteur s’attachera (et même s’identifiera) et une intrigue développée avec doigté, comportant un nombre adéquat de rebondissements. Mais si un choix était à faire entre les deux, que répondriez-vous? Préférez-vous mettre vos énergies sur l’intrigue au détriment des personnages, ou l’inverse?

Au plaisir de vous lire!


Karine

lundi 1 septembre 2014

Action banale, réaction révélatrice

Les personnages sont les moteurs de l’intrigue, c’est pourquoi ce que nous considérons comme des actions peut, en fait, se révéler être des réactions.

Par exemple, voici une action :

Martin, un environnementaliste convaincu, lit un article écrit par un industriel qui croit que la cause environnementaliste est une chimère inventée de toutes pièces.

C’est simple, c’est dans l’air du temps, certains diraient que ça s’approche dangereusement d’un cliché. Pourtant, cette action est de peu d’importance, c’est la suite qui exposera la psychologie de Martin, qui fera progresser l’intrigue et réussira (ou non) à s’extraire du cliché et à captiver le lecteur.


Voici quelques possibilités de réactions :

A- Excédé, Martin arrête sa lecture après deux phrases au risque de manquer une information capitale pour la suite (sa motivation : personne ne peut croire ça, juste de lire l’article lui donne envie d’étriper son auteur, il manque de temps et finira de le lire plus tard, etc.).
B- Martin lit l’article en entier, le résume par une simplification excessive et part en guerre contre tous ceux qui mentionnent l’article devant lui (sa motivation : défendre ses idées à tout prix, réduire la crédibilité de son adversaire, impressionner quelqu’un, la croyance que toute personne intelligente est nécessairement de son avis, etc.).
C- Il lit seulement le titre et entreprend immédiatement d’organiser une manifestation contre l’entreprise de l’industriel (sa motivation : prévoir une catastrophe imminente, impressionner quelqu’un, exprimer un besoin d’agir, etc.).
D- Martin lit l’article en mettant ses convictions de côté pour mieux comprendre la pensée de son ennemi (sa motivation : bien se préparer à un débat, mieux comprendre les enjeux du débat, mettre à l’épreuve ses idées, mettre en pratique le conseil « mieux vaut rester près de ses ennemis », etc.).
E-


Évidemment, ces réactions entraînent elles-mêmes d’autres possibilités. Par exemple, la réaction D pourrait aider Martin à clouer le bec de l’industriel dans un débat médiatique comme elle pourrait le mener à se laisser charmer par l’industriel (à force de côtoyer ses idées et lui) et à adopter son point de vue. La fermeture d’esprit présente dans les réactions A, B et C rendront la dernière possibilité improbable (mais pas impossible, dépendamment de l’enchaînement des actions et réactions de l’intrigue).


Caroline