mercredi 3 décembre 2014

Le personnage anonyme

Dans la vie, lorsque nous rencontrons une nouvelle personne, nous essayons de déterminer (à peu près) son âge, nous l’interrogeons sur son nom, souvent sur sa profession et nous espérons que la conversation qui en résultera sera intéressante. Mais, c’est parce que souvent, nous n’avons aucune idée de « l’intrigue » que cette personne et nous serons amenés à jouer. Nous tâtonnons donc en espérant découvrir s’il y aura ou non une histoire. Par la suite de la conversation et les rencontres subséquentes (s’il y en a), nous étofferons notre connaissance de cette personne.

Dans notre roman, par contre, nous connaissons avant l’écriture (si nous avons un plan) ou avant la réécriture quelles seront l’intrigue et la place qu’occupe chaque personnage dans cette dernière. De plus, le lecteur est (plus ou moins) dépendant des indications, descriptions et dialogues donnés par l’auteur. Se borner à donner que ces indications (âge, nom, profession) revient donc à faire de notre personnage un anonyme, un être sans profondeur. Cela est encore plus vrai lorsque ces éléments n’ont rien à voir avec l’intrigue.

Si Luc, 27 ans, est attaqué par un chien, peu importe qu’il soit caissier, secrétaire ou juge. Il est beaucoup plus intéressant de le connaître un peu plus. Est-il téméraire? A-t-il suivi des cours de survie en forêt? Est-il plutôt défaitiste ou optimiste? Est-il un trou de cul que le lecteur espérera voir remettre à sa place par le chien de garde ou un « saint » dont le travail pourrait être remis en cause par cette attaque? Quelles sont les idées pour lesquelles il se bat? Quelle est son opinion sur les animaux? Ce sont plutôt les réponses à des questions comme celles-ci qui influenceront le ressenti du lecteur, qui détermineront la façon de raconter l’attaque, le choix du vocabulaire et des connotations.

Pour qu’un personnage soit non anonyme, il n’est pas nécessaire (bien que rien n’empêche de le faire) de le décrire en long et en large dans un portrait se situant dans l’introduction. Les informations qui enrichissent sa personnalité, son histoire et ses valeurs peuvent être introduites tout au long de l’histoire par la narration, par les dialogues, par ses réactions, par ses rencontres avec les autres personnages, etc.

Caroline

lundi 24 novembre 2014

Peaufiner les dialogues

Les dialogues sont souvent employés pour donner de la vie, de la spontanéité à un récit, pour augmenter l’impression de réalité aussi. Utilisés à bon escient, les dialogues donnent du « punch » à certaines scènes et peuvent même servir de tremplin pour un nouveau bouleversement du récit.

Les dialogues réussis ont deux fonctions principales :

1. Faire avancer l’action
Si le dialogue mis en place n’apporte rien à l’intrigue, c’est qu’il est superflu. Le dialogue doit mettre à nu une nouvelle information importante pour la suite du récit, générer des conflits, permettre de traduire les états d’âme d’un personnage (surtout si cela a des conséquences pour la suite du récit), mettre en relief les relations entre les personnages (les unions, les conflits d’intérêt, les adversités, etc).

2. Caractériser les personnages
Les dialogues sont une mine d’informations sur les personnages. Ils nous apprennent par exemple quel est le niveau d’éducation de celui qui prend la parole, quelle est son origine culturelle, géographique ou ethnique, comment se définit son caractère, sa personnalité, quel est son état émotionnel sur le moment, quels sont ses rapports avec ses interlocuteurs, etc. Ainsi, le vocabulaire qu’emploie ce personnage, ses tournures grammaticales, un accent ou des expressions spéciales, le ton utilisé, sa gestuelle au cours de l’échange, sont autant d’indicateurs de son unicité.

L’erreur la plus commune et qui donne des maux de tête aux auteurs lorsque vient le moment de la réécriture, c’est lorsque les dialogues rédigés sont trop longs. Pourquoi avons-nous (presque) systématiquement tendance à écrire de longs dialogues?
1. Nous voulons tout expliquer, voire trop expliquer. Nous oublions parfois que le lecteur est un être raffiné, capable de percevoir les nuances et de comprendre les subtilités d’un récit sans que tout ne lui soit livré en toutes lettres.
2. Nous voulons « copier » la réalité. Effectivement, un récit se doit d’être vraisemblable, mais pas ennuyeux. Un récit se veut « comme » la réalité, mais il demeure inventé.

Quelques remèdes à cette situation fâcheuse?
1. S’il est possible d’introduire l’information véhiculée dans le dialogue par une action, vous aurez avantage à choisir cette deuxième option.
2. Ouvrez la scène le plus tard possible dans le dialogue sans escamoter l’information que vous désirez livrer, quitte à plonger le lecteur au milieu d’un dialogue entamé depuis longtemps entre vos personnages. Allez directement à l’essentiel de ce qu’ils ont à se dire.
3. Quittez la scène de dialogue de la même manière. Les adieux et les au revoir sont bien souvent sans importance pour votre intrigue.
4. Ne reproduisez pas chacune des répliques de vos personnages; certaines peuvent être sous-entendues dans une description ou une incise, des sauts dans la discussion peuvent être insérés avec doigté.
5. Ne sous-estimez pas les silences entre vos personnages. Ils en disent parfois aussi longs que les mots prononcés…

Bien entendu, ce ne sont pas là des règles rigides; il faut savoir adapter selon votre style propre, le rythme du récit et le contexte.

Karine

lundi 17 novembre 2014

Écrire, c'est difficile?

Et alors? quel mérite y a-t-il à réussir ce qui est facile? quel intérêt y a-t-il à pratiquer une activité qui ne donne pas quelques défis à notre intellect ou à notre corps?

Acquérir une habileté, peu importe qu'elle soit physique, psychologique, intellectuelle ou, comme c'est le cas le plus souvent, un mélange des trois, demande de l'entraînement, de la motivation, de la répétition (même s'il s'agit d'un mot abhorré de plusieurs auteurs), de l'ouverture. Pour devenir un maître, il faut plus. Il faut la passion, l'engagement, la volonté d'atteindre un idéal. Il faut travailler continuellement à s'approcher de cet idéal (qui ne sera probablement jamais atteint). Il faut savoir garder sa motivation et son intérêt même quand nous sommes les seuls (ou presque) à voir que cet idéal n'est pas atteint, même quand notre recherche de cet idéal n'est pas compris ou partagé autour de nous, même quand les autres persistent à ne considérer que le résultat sans comprendre tout l'effort qui se cache derrière. L'écriture est difficile, son parcours est semé d'embûches et de détours, quelques fois de cul-de-sac.

Mais, n'est-ce pas ces mêmes difficultés qui nous poussent à lire? Se laisser toucher par la façon dont un auteur a résolu l'une d'entre elles, n'est-ce pas un des plus beaux cadeaux que peut nous faire une lecture? Cela peut même raviver notre amour de l'écriture et nous ramener sur la voie de notre entraînement d'écriture. Cela peut même donner l'envie d'être écrivain à ceux qui n'ont pas l'envie d'écrire.

Mais, n'est-ce pas ces mêmes difficultés qui nous poussent à écrire, à relever les défis qu'elles permettent de relever? Trouver la meilleure façon d'exprimer une idée, mettre le doigt sur le mot juste, discuter ou réfléchir aux nuances apportées par l'emplacement d'une virgule, trouver l'action parfaite pour notre intrigue, nuancer parfaitement la réaction d'un personnage pour qu'elle s'accorde parfaitement à sa personnalité, etc. n'est-ce pas ce qui rend cette activité si excitante?

Écrire, c'est difficile? Bien sûr que ce l'est, c'est ce qui fait tout son charme.

Mais, si des fois, il vous semble que ce l'est trop, voici une pensée pour accompagner vos réflexions et vous aider à faire taire vos ruminations :

Comment en effet [voulez-vous] accéder à un sommet par un itinéraire tout plat?
Sénèque


Caroline





lundi 10 novembre 2014

Le temps de latence

Écrire un texte est très différent d’en faire la découverte par la lecture. Voilà pourquoi votre texte mérite d’être laissé de côté quelque temps avant sa réécriture.

Quelle est la durée idéale pour cet abandon temporaire?
Aucune, ce n’est pas une question de temps, c’est une question de mémoire et de disposition d’esprit.

Lors de la (re)lecture d’un livre, une des principales distinctions entre le lecteur et l’auteur est que l’auteur est conscient d’un univers beaucoup plus grand que le texte seul. Beaucoup d’éléments de description, de psychologie, d’histoire, etc. ont été développés par l’auteur sans être insérés dans la version écrite. Ceux-ci restent dans sa mémoire et faussent l’impression que le texte dégage. Il a aussi une idée très précise de son intrigue, qui est souvent très claire pour lui, ce qui lui empêche de détecter confusions, oublis ou même répétitions.

Le temps de latence est un outil pour se débarrasser de ces informations et augmenter la qualité de la réécriture. Il sert à nous donner le temps de chasser l’univers de notre histoire de nos pensées journalières pour tenter d’avoir une lecture plus de type lecteur qu’auteur lors de la suite du travail.

La durée du temps de latence dépendra donc de la capacité de chacun à passer d’un état à l’autre, des évènements quotidiens — certains évènements ou activités nous permettent de décrocher plus rapidement — ou encore de notre échéancier.

Caroline

mardi 4 novembre 2014

S’assurer que les personnages ne sont pas interchangeables

Ce qui distingue le plus un personnage d’un autre, ce n’est pas tant son aspect physique que sa personnalité, ses buts, ses valeurs, ses choix. Ainsi, une astuce comme la mise en situation comparée est un outil simple pour s’assurer que chaque personnage a un univers personnel et apporte un plus — qui ne pourrait pas être amené par un autre personnage — à l’histoire.

La mise en situation comparée en action :
1- Choisir trois situations en lien avec l’intrigue principale, mais de type différent, par exemple, une scène d’action, une scène de réflexion, une conversation.
2- Mettre en action, les personnages, chacun leur tour, dans chacune des mises en situation.
3- Comparer les résultats.

Les choix, actions et réactions des personnages dans ces mises en situation vous aideront pour analyser vos personnages, pour découvrir s’ils ont vraiment une personnalité (distincte) et vont donneront des indices pour retravailler vos personnages au besoin.

Caroline

mardi 28 octobre 2014

Ligne directrice

Suivre l’intrigue principale ou la ligne directrice d’un roman en cours d’écriture demande beaucoup de concentration. Pour cela, il faut éviter les distractions, par exemple :

— trop développer les intrigues secondaires ou même tertiaires,
— élaborer les descriptions de personnages avec une multitude d’informations sans liens avec les intrigues principales et secondaires,
— multiplier les digressions et les parenthèses,
— écrire sans savoir quelle place (importance, but, objectif) un segment aura dans le récit,
— etc.

Il existe différentes façons pour ne pas se casser la tête avec la ligne directrice :

1- Ne pas en avoir au départ et la découvrir après la relecture du premier jet, puis faire la réécriture en conséquence.

2- Écrire tout le texte dans un temps relativement court afin de garder en tête toutes les informations utiles.

3- Utiliser l’écriture pour développer et conserver la ligne directrice :
— avec des descriptions de personnages, de lieux,
— avec des listes d’actions, de péripéties ou d’obstacles possibles,
— avec des schémas et des plans,
— avec des titres de travail pour les chapitres — chaque titre renferme l’idée ou l’action à développer dans le chapitre, il pourra être changé par la suite,
— etc.


Chaque façon comporte ses avantages et ses inconvénients. Afin de maximiser la qualité de notre écriture et favoriser notre motivation, il faut réfléchir à chacune d’elles. Puis, déterminer celle qui nous convient le mieux. Mais, évidemment, il existe plus de trois façons de s’organiser. En trouvant la nôtre, il nous sera plus facile de conserver notre motivation, de rester efficaces et concentrés sur notre texte et d’organiser notre récit.

Caroline

lundi 20 octobre 2014

La logique interne

Pour être vraisemblable, une histoire doit s’élaborer autour d’une logique interne forte.

Mais qu’est-ce qu’est exactement la logique?

«La logique est l’analyse et l’évaluation des arguments. Un argument est une tentative d’avancer un point de vue en apportant des raisons pour les défendre. Les raisons sont les prémisses. Le point de vue que l’on défend est la conclusion. Un argument est la base d’une inférence qui mène des prémisses à la conclusion.* »

Dans une histoire ou un récit, les arguments sont les actions, les lignes de pensée des personnages, les évènements auxquels font face les personnages. L’intrigue principale et les sous-intrigues sont les démonstrations, les inférences qui mènent des prémisses à la conclusion.

Mais, la logique seule peut être insuffisante, pour qu’elle soit forte, il faut s’assurer de la qualité de nos arguments à l’aide des trois critères suivants.

1-La pertinence : Les prémisses doivent être liées directement ou indirectement à la conclusion. Pour déduire une information sur les pommes, des arguments sur les oranges sont inutiles à moins que la démonstration crée un lien entre les pommes et les oranges. Si ce lien permet de «transférer» les arguments des oranges aux pommes, la pertinence peut être rétablie. Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de pertinence.

2-L’acceptabilité : Celle-ci dépend de leur véracité, de leur probabilité ou de l’intérêt du lecteur à les accepter comme vrais ou probables. Ainsi, il est probable, pour un lecteur, que Merlin débarre une porte avec une formule magique, mais improbable, pour un lecteur, que Tintin fasse de même (sauf évidemment si Tintin dispose d’une astuce réaliste). Un argument faux, improbable ou incohérent peut décréditer tout un raisonnement.

3-La suffisance : La suffisance implique la quantité, la précision, la provenance, mais aussi le contexte. Un écolier de 10 ans aura besoin de moins d’arguments— et ceux-ci pourront être moins précis — qu’un physicien pour être convaincu d’une théorie scientifique qui sort de l’ordinaire.


Sans une édification sur des bases solides, sur des arguments pertinents, acceptables et en nombre suffisant, une histoire ne convaincra pas le lecteur de la réalité de ses conclusions (intermédiaires ou finales).

Caroline

Voir aussi:
La logique étroite
La logique linéaire
La logique large
Réalisme/Vraisemblance

*PICARD, Michael, Ceci n'est pas un livre, leçons de philosophie et jeux d'esprit, éd, Marabout, 2008, p.114.

lundi 6 octobre 2014

Exercice littéraire (4)

Cet exercice nous oblige à réfléchir pendant la construction de notre texte. Il nous oblige à être toujours vigilants. Il provoque chez nous une forme de concentration active que l’habitude et la routine ont tendance à faire diminuer. Il s’agit donc d’un exercice d’échauffement qui, effectué avant une réécriture ou une correction, nous aide à « voir » les détails, à lire sans nous laisser dominer par l’impression de déjà vu, à rester concentrés sur notre tâche.

La censure :

1- Choisir un sujet.
2- Établir un champ lexical : noms, adjectifs, verbes, adverbes, etc. ayant trait au sujet.
3- Raturer, au hasard, entre la moitié des mots.
4- Écrire un texte sur le sujet en n’utilisant aucun des mots biffés.
5- Écrire un deuxième texte en n’employant que les mots barrés.

Pour varier le niveau de difficulté :
– augmenter ou diminuer la proportion de mots raturés,
– utiliser une proportion déterminée de mots non censurés.
– augmenter la longueur ou la complexité du texte.

Caroline

lundi 29 septembre 2014

Comment

Lors de la rédaction d’un récit, il n’est pas rare que des questions commençant par l’adverbe comment nous viennent à l’esprit.

— Comment amener mes personnages du point A au point B ?
— Comment résoudre une difficulté ?
— Comment communiquer une information (narration, dialogue, implicitement, explicitement, en une fois, par bribes, etc.) ?
— Comment se déroule telle situation (métier, rituel, etc.) dans la vraie vie ?
— Comment utilise-t-on telle ou telle technique ?
— Comment reconnaît-on telle technique, tel objet, tel être vivant, etc. ?
— Comment éviter que mon intrigue soit trop linéaire ou trop invraisemblable ?
— Comment les personnages doivent-ils agir les uns envers les autres ?
— Etc.

Les réponses aux comment sont souvent multiples. Et, il y en a souvent plus d’une d’intéressante. Elles nous forcent donc à choisir. Par exemple, il peut exister une dizaine de façons de se rendre du point A au point B. Il est souvent plus constructif de ne pas s’arrêter à la première réponse qui nous vient à l’esprit, mais d’en lister plusieurs. Puis, de les soupeser avant de choisir celle qui enrichira le mieux notre récit.

Caroline

lundi 22 septembre 2014

La preuve romanesque


« Il est en effet plus difficile de mettre des répliques constamment drôles dans la bouche d’un personnage que de prétendre (paresseusement et sans donner de preuve) qu’il l’est. »* - Marc Fisher

En tant que lectrice (acharnée) et auteure (à temps perdu… — un peu d’autodérision ici), mon expérience m’enseigne que dans les romans, un peu comme au cinéma, il ne suffit pas de dire les choses, il faut surtout les mettre en action, car c’est ainsi que l’émotion naît (en tout cas, c’est comme ça pour moi!), et cela est normalement garant de l’intérêt du lecteur à poursuivre sa lecture.

Voyons deux exemples pour expliquer ce qu’est la preuve romanesque :

Texte 1
« Depuis la deuxième secondaire, Roxanne est éprise du beau Hugo, qui de son côté ne semble pas la remarquer. Roxanne est consciente que sa réputation de première de classe ne l’aide en rien à attirer l’attention des garçons. La jeune fille soigne pourtant son apparence et, sous les conseils de sa meilleure amie Claudia, a récemment osé le maquillage. Elle a mérité quelques compliments, mais évidemment pas de la part d’Hugo. Roxanne voudrait tant qu’il la remarque! Secrètement, elle échafaude différents scénarios dans lesquels elle trouve enfin le courage de lui parler. »

Texte 2
« Roxanne jette un regard désintéressé au pupitre libre à côté du sien. La porte qui s’ouvre en grinçant attire alors son attention. Hugo fait son entrée et repère aussitôt le seul pupitre disponible. Plus le jeune homme avance, plus vite bat le cœur de Roxanne. Elle sent le rouge monter à ses joues et la panique l’envahit à la seule idée qu’il puisse la voir ainsi. Roxanne jette un coup d’œil vers sa meilleure amie Claudia, assise sur sa droite. Celle-ci lui glisse entre les doigts le tout nouveau gloss acheté la veille, soulignant son geste d’un clin d’œil complice. Nerveusement, Roxanne applique le rose sur ses lèvres.
— Je suis content d’être à côté de toi, entend-elle alors. Toi, t’es bonne en maths, je vais peut-être finir par comprendre de quoi!
            Levant les yeux, Roxanne manque de s’étouffer en réalisant qu’Hugo lui adresse la parole. Incapable d’articuler un mot, elle tente un sourire maladroit. Zut! Je dois absolument trouver le moyen de lui parler sans avoir l’air d’une imbécile, se promet-elle. Après tout, on sera voisin de pupitre pour le reste de l’année. Roxanne sourit à cette pensée. »

Dans le premier texte, on nomme, on présente les sentiments amoureux de Roxanne. Dans le deuxième, on met en scène ces mêmes sentiments, on prouve l’amour qu’elle éprouve pour Hugo en montrant les « symptômes » de cet amour (son cœur qui bat plus vite, le rouge sur ses joues, sa nervosité, son incapacité à lui parler). Cela ressemble à la façon dont nous percevons nos propres sentiments (et reconnaissons les sentiments chez les autres), ce qui donne de la profondeur aux  ressentis de nos personnages et facilite l’apparition d’un ressenti similaire chez le lecteur.

De plus, le texte 2 a l’avantage de mettre les personnages en action. On y trouve un début d’intrigue (Hugo sera assis aux côtés de Roxanne toute l’année) qui laisse entrevoir le développement d’autres péripéties et sous-intrigues (Roxanne tentera diverses actions pour tirer profit de cette situation et atteindre son objectif : avoir l’attention d’Hugo).

La preuve romanesque est donc essentielle. Elle s’élabore dès les premières esquisses des descriptions de nos personnages et de notre plan, puisque les contextes, actions et réactions en sont des éléments centraux.

Karine

* Source : FISHER, Marc. Conseils à un jeune romancier, Montréal, Québec Amérique, 2000, page 124



lundi 15 septembre 2014

Pourquoi

La motivation est essentielle pour donner de la profondeur aux personnages et de la crédibilité à l’intrigue. C’est normal, l’être humain a besoin de comprendre (c’est une des occupations principales du cerveau) et les lecteurs n’échappent pas à cette règle. C’est la raison pour la laquelle Pourquoi est un mot qui doit nous accompagner tout au long de la conception de notre récit. 

— Pourquoi les personnages s’engagent-ils dans l’action ?
— Pourquoi cette réaction plutôt qu’une autre ?
— Pourquoi le personnage cache, confie ou donne une information ?
— Pourquoi donner ou cacher une information aux lecteurs ?
— Pourquoi les interactions entre les personnages amènent l’intrigue dans un sens ou dans l’autre ?
— Pourquoi les personnages réussissent ou échouent devant une épreuve ou un obstacle ?
— Pourquoi un personnage ressent une émotion plutôt qu’une autre ?
— Pourquoi utiliser un mot plutôt qu’un synonyme de connotation différente ?
— Etc.


Des fois, les réponses à ces questions apparaissent explicitement dans le texte. D’autres fois, elles sont invisibles (entre les lignes) servant alors à maintenir la cohérence du récit. Mais chacune d’elle est importante pour la logique et la vraisemblance de l’histoire, pour faciliter l’écriture, pour rendre plus logique et agréable la lecture.


Caroline

lundi 8 septembre 2014

Intrigue ou personnage?

Il m’arrive parfois de terminer la lecture d’un roman et de constater qu’il ne s’y est rien passé, que l’histoire n’a que très peu évolué entre la première et la dernière page. Je réalise alors que ce qui a gardé mon intérêt jusqu’à la fin, malgré la pauvreté de l’intrigue, est la profondeur du personnage, ses questionnements, ses crises d’angoisse, ses petites joies, ses illusions, ses défaites, ses idées, son humour, etc. Bref, un personnage attachant et émouvant, un personnage à la psychologie bien développée, avec son lot de problèmes et de manies typiquement humains (un personnage vivant, quoi!) peut attiser ma curiosité au point de me faire oublier la stagnation de l’histoire. Ce fût le cas à la lecture de certains romans de Martin Page (Peut-être une histoire d’amour, éditions de l’Olivier, par exemple) ou de Charlotte before Christ (éditions du Boréal) du québécois Alexandre Soublière.

À l’inverse, il m’arrive de lire des romans où les péripéties sont si nombreuses que je ne saurais remettre l’histoire en ordre du premier coup, ou encore, des histoires bien ficelées, avec des suspens bien dosés et de belles surprises, mais qui, malheureusement, n’ont pas su me rendre leurs personnages attachants. Ces romans (je n’en nommerai pas) sont pour moi comme certains films de divertissement américains : je passe un bon moment pendant que je les regarde (les lis), mais aussitôt qu’arrive le mot FIN, je passe à autre chose. Contrairement au premier type de roman dont j’ai fait mention, je ne me surprends pas (ou très rarement) à repenser à l’histoire, aux situations vécues par les personnages ou aux personnages eux-mêmes quelques jours plus tard alors que j’attends l’autobus…

Personnellement, j’ai assurément un penchant pour les personnages tourmentés, qui se heurtent aux dures réalités de la vie (ce qui n’empêche en rien l’humour, ni une fin heureuse). Chacun a ses préférences côté lecture, c’est ce qui permet à une variété de styles de cohabiter (et de survivre!). Il en va de même pour l’écriture. Mon petit doigt me susurre même qu’il est fort probable que vous aimiez écrire ce que vous aimez lire…

Idéalement, un bon roman saura doser les deux aspects abordés ici : des personnages bien campés auxquels le lecteur s’attachera (et même s’identifiera) et une intrigue développée avec doigté, comportant un nombre adéquat de rebondissements. Mais si un choix était à faire entre les deux, que répondriez-vous? Préférez-vous mettre vos énergies sur l’intrigue au détriment des personnages, ou l’inverse?

Au plaisir de vous lire!


Karine

lundi 1 septembre 2014

Action banale, réaction révélatrice

Les personnages sont les moteurs de l’intrigue, c’est pourquoi ce que nous considérons comme des actions peut, en fait, se révéler être des réactions.

Par exemple, voici une action :

Martin, un environnementaliste convaincu, lit un article écrit par un industriel qui croit que la cause environnementaliste est une chimère inventée de toutes pièces.

C’est simple, c’est dans l’air du temps, certains diraient que ça s’approche dangereusement d’un cliché. Pourtant, cette action est de peu d’importance, c’est la suite qui exposera la psychologie de Martin, qui fera progresser l’intrigue et réussira (ou non) à s’extraire du cliché et à captiver le lecteur.


Voici quelques possibilités de réactions :

A- Excédé, Martin arrête sa lecture après deux phrases au risque de manquer une information capitale pour la suite (sa motivation : personne ne peut croire ça, juste de lire l’article lui donne envie d’étriper son auteur, il manque de temps et finira de le lire plus tard, etc.).
B- Martin lit l’article en entier, le résume par une simplification excessive et part en guerre contre tous ceux qui mentionnent l’article devant lui (sa motivation : défendre ses idées à tout prix, réduire la crédibilité de son adversaire, impressionner quelqu’un, la croyance que toute personne intelligente est nécessairement de son avis, etc.).
C- Il lit seulement le titre et entreprend immédiatement d’organiser une manifestation contre l’entreprise de l’industriel (sa motivation : prévoir une catastrophe imminente, impressionner quelqu’un, exprimer un besoin d’agir, etc.).
D- Martin lit l’article en mettant ses convictions de côté pour mieux comprendre la pensée de son ennemi (sa motivation : bien se préparer à un débat, mieux comprendre les enjeux du débat, mettre à l’épreuve ses idées, mettre en pratique le conseil « mieux vaut rester près de ses ennemis », etc.).
E-


Évidemment, ces réactions entraînent elles-mêmes d’autres possibilités. Par exemple, la réaction D pourrait aider Martin à clouer le bec de l’industriel dans un débat médiatique comme elle pourrait le mener à se laisser charmer par l’industriel (à force de côtoyer ses idées et lui) et à adopter son point de vue. La fermeture d’esprit présente dans les réactions A, B et C rendront la dernière possibilité improbable (mais pas impossible, dépendamment de l’enchaînement des actions et réactions de l’intrigue).


Caroline

lundi 25 août 2014

L'UNEQ



L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) est un syndicat professionnel qui regroupe aujourd’hui près de 1 500 écrivains. Depuis sa fondation en mars 1977, l’UNEQ s’est donné pour mandat la promotion et la diffusion de la littérature québécoise, ici comme ailleurs, ainsi que la défense des droits socio-économiques des écrivains. De plus, le Tribunal canadien des relations professionnelles artistes-producteurs l’a accréditée en 1996 pour négocier et conclure des accords-cadres définissant les conditions d’embauche des travailleurs professionnels autonomes du secteur littéraire.

Afin d’accomplir son mandat, l’UNEQ réalise diverses publications que l’on peut aisément — et à peu de frais — se procurer : outils pour négocier les contrats d’édition, informations sur la fiscalité, renseignements sur les droits socio-économiques des écrivains, un bulletin trimestriel intitulé L’Unique, etc. Aussi, l’UNEQ participe et prend position dans de nombreux débats où les droits des écrivains sont en jeu, tel que celui entourant la réglementation du prix du livre neuf. Enfin, l’UNEQ rend accessible, sur son site web, une grille de tarifs et d’honoraires, un calendrier d’événements littéraires, l’information sur son programme de parrainage et ses activités de réseautage, l’information sur diverses formations, sur les fonds, bourses, subventions, prix et concours, et bien plus encore! En un mot, le site de l’UNEQ est une mine d’informations utiles dédiée aux écrivains.

La cotisation annuelle pour devenir membre de l’UNEQ varie entre 50$ (pour une première année d’adhésion) et 140$.

Quelques avantages à être membre de l’UNEQ :
  • Gratuité des consultations juridiques (à concurrence d’une consultation d’une heure par année, un tarif spécial s’applique pour une consultation de plus longue durée)
  • Gratuité des consultations fiscales par téléphone (à concurrence d’une consultation de 15 minutes par année, un tarif s’appliquant pour toute consultation excédant cette durée ou pour une seconde consultation durant la même année)
  • Accès gratuit à la trousse de perfectionnement professionnel sur le Web, L’auteur, un agent autonome, celle-ci comportant plusieurs guides en format PDF et des vidéos sur six sujets liés à deux des principaux volets du métier d’écrivain (les volets contractuel et promotionnel)
  • Tarif préférentiel pour la location de salles à la Maison des écrivains
  • Éligibilité à la Bourse d’écriture Jean-Pierre-Guay-Caisse de la Culture
  • Et plus encore…


Que vous soyez membre ou non, l’UNEQ offre de nombreuses possibilités d’élargir votre réseau professionnel et de mieux vous outiller comme écrivain. À vous d’en profiter!

Karine