lundi 30 septembre 2013

Étoffer un personnage (3)

Un personnage, pour être intéressant, ne peut pas se limiter au strict minimum, il doit avoir un petit quelque chose de plus. Il doit nous donner l’envie d’en savoir plus sur lui, de prendre pour lui ou contre lui lors des épreuves amenées par l’intrigue.

Pour approfondir un personnage, nous pouvons utiliser la description, l’intrigue ou les lieux. Les deux premières ont déjà été discutées dans des billets précédents, maintenant, voyons comment les lieux peuvent enrichir un personnage.

Cette catégorie se divise en deux :

1. L’espace :

L’espace dans lequel se déroule le récit, c’est le lieu physique. Ce qui le meuble, ce sont les « outils » qui sont mis à la disposition du personnage pour résoudre l’intrigue. La façon dont un personnage habite les lieux peut être très révélatrice. Habite-t-il une mégapole alors qu’il fréquente toujours les trois mêmes endroits ? Habite-t-il à la campagne même s’il souffre d’allergie au pollen ? A-t-il organisé lui-même son espace de vie ou laisse-t-il un autre personnage tout organiser à sa place ? Sa cuisine est-elle rangée ou en désordre ?

2. Le temps :

Le temps dans lequel se déroule le récit, c’est le lieu social. Ce dernier est important, car il déterminera si les opinions du personnage sont originales ou non. Il comprend les traditions, le mode d’organisation politique et sociale, les règles de relation entre les gens, le statut social, les croyances, etc.

Le personnage se définit par rapport au milieu. Des personnages identiques par leur description seront perçus différemment par leur entourage et par la société selon le temps dans lequel ils évoluent. Leurs réactions et leurs possibilités d’action seront aussi restreintes par ce temps. Ainsi, un juge contemporain ne condamnerait pas un meurtrier à être décapité devant l’hôtel de ville d’une mégapole nord-américaine.


Le temps et l’espace permettent donc de peaufiner la description d’un personnage parce qu’ils déterminent où se situe un personnage par rapport aux gens de la société dans laquelle il évolue, mais aussi parce qu’ils servent de cadre pour juger des actions (cruelle, empathique, bonnes, mauvaises, etc.) des personnages.


Caroline



lundi 23 septembre 2013

La personnification


La personnification est une figure de style qui consiste à donner à un objet, à un animal ou à une abstraction des traits normalement attribuables à des êtres humains.

Il s'agit d'une personnification lorsqu'un objet, un animal ou une abstraction est le sujet d'un verbe :
1) de mouvement ou d'action (marcher, dormir, sauter, culbuter, rouler, etc.)
2) de volonté (vouloir, pouvoir, etc.)
3) de sentiment ou d'état (s'impatienter, se courroucer, s'éprendre, etc.)

Dans le cas précis d'une abstraction, on emploie parfois une majuscule en début du mot pour souligner la personnification, comme dans l'exemple connu tiré du roman Du côté de chez Swann de Marcel Proust :

«  Et à partir de cet instant, je n’avais plus un seul pas à faire [...] : l’Habitude venait de me prendre dans ses bras et me portait jusqu’à mon lit comme un petit enfant. »

Pourquoi utiliser la personnification?
On peut utiliser cette figure de style afin de rendre une description plus vivante ou pour présenter un événement de manière éclatée, voire cocasse, comme dans l'exemple suivant :

Profitant de ma rêverie, la cuillère prit son élan dans le mouvement répétitif et circulaire que je lui administrais, et s'envola vers le plafond, n'oubliant pas d'éclabousser mes armoires par la même occasion. Elle exécuta un parfait triple saut arrière avant d'entamer sa descente. Son atterrissage fut des plus réussis : l'ustensile cibla précisément mon gros orteil.

La personnification peut aussi être utile pour permettre au lecteur de mieux visualiser une notion abstraite. On établira alors une métaphore entre la notion abstraite et un être humain ayant les caractéristiques que l'on veut mettre de l'avant. C'est le cas avec l'exemple de Proust cité plus haut : l'habitude est comparée à une mère qui porte son enfant au lit.

Enfin, la personnification peut aussi être utilisée pour critiquer l'Homme :

La Mort agissait parfois cruellement, sur un coup de tête ou sous l’effet de la colère, ou pire encore, par égoïsme. Bref, elle était à l’image de ses victimes.

Karine 

lundi 16 septembre 2013

Exercice littéraire (2)

Voici un petit exercice de style.

1. Écrire une phrase plus ou moins complexe. Il est à noter que les phrases à plusieurs propositions offrent plus de possibilités.

Le garçon prend une tasse sur la table.

2. Réécrire la même phrase en variant certains éléments.
·         Changer le plus de mots possible pour des synonymes ou des antonymes.
·         Changer le genre, le nombre ou le temps.
La fille prend un verre sur le meuble.
·         Rendre la phrase plus floue ou plus précise.
Il prend un objet sur la table.
·         Ajouter des éléments de description.
Le garçon aux cheveux bruns et aux yeux bleus prend de sa main valide une tasse à café fleurie sur la table basse du salon.
·         Ajouter une incise.
·         Ajouter ou enlever un sentiment, une intention ou une opinion.
Le regard perdu, le garçon prend, d’une main tremblante, une tasse sur la table.
·         Ajouter un lieu ou un moment.
·         Ajouter une manière.
Avec l’habileté de celui qui le fait tous les jours, le garçon prend une tasse sur la table.
·         Inverser les éléments de la phrase.
·         Mettre une comparaison ou une autre figure de style.
·         Insérer une invraisemblance.
Le garçon s’éprend d’une tasse sur la table.
·         Pour les phrases complexes, changer le lien entre les propositions. Par exemple, changer deux propositions coordonnées pour une proposition principale et une relative.
Le garçon se rend dans le salon et prend une tasse sur la table.
Le garçon qui se rend dans le salon prend une tasse sur la table.
·         etc.


Le même exercice peut être fait avec un paragraphe en entier ou même un texte plus long. Ces variations permettent aux idées de circuler et même souvent d’en créer de nouvelles. En soumettant le dernier bout de texte écrit à autant de variations, il est fort probable que de nouvelles possibilités nous viennent à l’esprit. Ainsi, cet exercice peut aussi être utilisé pour vaincre le syndrome de la page blanche.



 Caroline

lundi 9 septembre 2013

Points de vue


Le point de vue choisi influence grandement l’écriture. Ainsi, je propose de décortiquer le tout et, dans un prochain billet, de présenter l’intérêt et les différents usages que l’on peut faire de chacun.

Le narrateur est celui qui raconte. Il peut s’agir d’un personnage de l’histoire, mais ce peut aussi être un « être suprême » ou quelqu’un d’extérieur à l’histoire. Le narrateur adopte un  point de vue pour nous décrire l’action; le point de vue correspond à la focalisation du récit, c’est-à-dire qu’il détermine ce que le narrateur sait ou ignore de l’action (présente, passée et future). Il existe trois points de vue narratifs :

1)                 Le point de vue externe :
Normalement, le narrateur qui utilise ce point de vue n’est pas un personnage de l’histoire. Il relate les événements de façon neutre, sans s’impliquer. Le narrateur ne connaît pas les pensées des personnages.

— Vas-y, mange! lui dit-elle rudement.
Hugo observe les plats qui recouvrent la surface de la table. Il cligne plusieurs fois des yeux alors que sa main droite frotte doucement son abdomen. Puis, Hugo tend cette main vers la fourchette qui repose près de son assiette. Face à lui, son amie sourit.

2)                 Le point de vue omniscient :
De ce point de vue, le narrateur sait tout sur tout. Il connaît tout des personnages : gestes et pensées, intentions et sentiments, passé, présent et futur. Il peut aussi relater ce qui se passe en des lieux ou des temps différents.

— Vas-y, mange! lâche-t-elle.
Jacinthe se mord la lèvre inférieure; elle ne croyait pas que sa réplique serait aussi abrupte. De l’autre côté de la table, Hugo observe la multitude de plats qui s’offrent à lui. Sous le regard inquiet de son amie, il cligne des yeux plusieurs fois, se frottant le ventre d’un geste absent. Il pense qu’il a tellement faim qu’il pourrait bien s’évanouir. Il ne se fait donc pas prier davantage et tend la main vers sa fourchette. Soulagée de voir qu’il apprécie sa cuisine, Jacinthe sourit enfin.

3)                 Le point de vue interne :
Lorsque le narrateur utilise ce point de vue, il décrit l’action à travers les yeux d’un personnage. Il sait tout de ce qu’il pense, ressent, voit, observe… mais rien d’autre! Ainsi, les événements sont présentés de façon subjective au lecteur et au fur et à mesure que le narrateur les découvre lui-même.

— Vas-y, mange! me dit-elle d’un ton catégorique.
J’observe les innombrables plats sur la table. J’ai si faim que je crois que je pourrais m’évanouir. Ainsi, je ne me fais pas prier davantage et saisis la fourchette déposée près de mon couvert.

À noter : même si l’utilisation de la 1ère personne (je/nous) est fréquente, elle n’exclut pas celle de la 3e personne (il/elle, ils/elles), comme le démontre cet exemple :

— Vas-y, mange! lui dit-elle d’un ton catégorique.
Hugo observe les innombrables plats sur la table. Il a si faim qu’il croit qu’il pourrait s’évanouir. Ainsi, il ne se fait pas prier davantage et saisit la fourchette déposée près de son couvert.

Notons finalement qu’avec le point de vue interne, il n’est pas exclu de changer de narrateur au fil du récit en donnant la parole à l’un ou l’autre des personnages de l’histoire. Ceci permet d’aborder l’action sous différents angles. En effet, parfois on choisira le personnage le plus près de l’action pour en montrer toute la vivacité, d’autres fois on laissera la parole à un personnage plus distant pour, par exemple, ne pas divulguer certaines informations, ce qui permettra par la suite d’amener un élément de surprise.


Karine           

lundi 2 septembre 2013

Définitions (1)


Voici une courte liste des différents textes qui peuvent être utilisés comme entrée en matière à un livre, et leur définition.

Avant-propos : Placé avant le contenu principal, ce court texte sert de présentation à l’ouvrage. L’auteur y fournit des informations générales sur le contenu. Il peut aussi y faire mention de la portée (selon lui ou selon les versions précédentes) de l’ouvrage et de l’usage pour lequel le livre a été conçu.

Avertissement : Aussi appelé avis aux lecteurs, ce dernier est utilisé pour attirer l’attention des lecteurs sur un ou des points particuliers. Il dépasse rarement trois à quatre lignes. Par exemple, la mention « Ce roman est une œuvre de fiction, toutes ressemblances avec des personnes réelles seraient fortuite » est un avertissement.

Dédicace : Cette dernière est une inscription de l’auteur qui tient le plus souvent en une seule phrase. Elle sert à rendre hommage à une personne importante pour l’auteur (ou pour la création de l’œuvre). Le livre est alors dédié à cette personne et elle devient par le fait même « le patron spirituel » de l’ouvrage.

Introduction : Celle-ci est la première rencontre entre le lecteur et le sujet du livre. Lorsqu’une section titrée et séparée lui est consacrée, elle se traduit par un texte explicatif qui présente le sujet. Elle peut justifier l’importance et le choix du sujet ou en esquisser le plan.

Préambule : Ce texte préliminaire sert à exposer des principes fondamentaux, des notions de base, des motifs ou d’autres informations nécessaires à la lecture de ce qui suit.

Préface : Ce bref texte de présentation est écrit par l’auteur ou une autre personne qui est d’une crédibilité reconnue par rapport au contenu de l’ouvrage. La préface peut présenter l’auteur, le contenu ou le sujet de l’œuvre. Souvent, celle-ci est porteuse de l’opinion de son auteur.

Prologue : Ce dernier texte ne s’applique qu’aux ouvrages présentant une histoire ou un récit. Il présente des actions antérieures (mais en lien) avec l’action proprement dite. Il peut aussi servir à situer les personnages et l’action (par exemple, lorsque l’action a commencé dans un tome précédent).


Ces entrées en matière ne sont pas obligatoires, voire nécessaires. Leur intérêt tient du fait que, excepté le prologue et, dans certains cas, la préface, ce sont tous des textes qui permettent à l’auteur d’entrer directement en communication avec le lecteur.

Caroline