lundi 26 août 2013

Le syndrome de la page blanche (astuce #3)

Vous l’avez deviné avec ce titre : je poursuis avec mes petits trucs pour dépanner l’écrivain lorsque l’inspiration a pris la fuite. C’est parti pour l’astuce #3 :

Goûter le brouhaha de la vie
            À l’opposé de certains écrivains qui ont besoin de calme et de solitude pour voir surgir l’inspiration (voir l’astuce#2 à ce sujet), d’autres sont plutôt attirés par l’activité, le bruit et la frénésie. Ils rencontrent les amis, vont au concert, sortent danser, participent aux conversations, fréquentent les bars ou les marchés publics, etc. Pour eux, l’inspiration est à chaque coin de rue, dans chaque rencontre, dans les moindres choses du quotidien. D’ailleurs, ils trimballent très souvent un petit calepin et un crayon où ils notent les idées dès qu’elles surviennent. À défaut, la serviette de table où le napperon taché de sauce du restaurant peut aussi faire l’affaire...

            Ainsi, par exemple, l’anecdote de bureau racontée par une amie se transformera, dans l’esprit aiguisé de l’écrivain, en scène de ménage burlesque; une conversation entendue dans la file d’attente inspirera un dialogue entre deux personnages; l’observation des enfants jouant au parc fera naître une scène de poursuite rocambolesque, etc. Il suffit, bien souvent, de se distraire, de « prendre l’air », pour que notre cerveau retrouve de lui-même le chemin vers l’imagination.

            Lorsque l’on est victime du syndrome de la page blanche, notre cerveau est souvent bloqué sur ce qui doit être fait (et qui ne l’est pas). Le retard peut être par rapport à nos plans d’écriture ou une tâche quotidienne tel le ménage. Apparaît alors le stress ou à tout le moins l’insatisfaction de ne pas atteindre les objectifs que l’on s’est fixés. Plus on se sent stressé ou insatisfait, moins la créativité est au rendez-vous. Il faut savoir ruser pour déjouer ce petit cercle vicieux. Les sorties, les amis, les divertissements permettront de s’éloigner du problème et, si on ne revient pas avec de nouvelles idées, on revient au moins plus détendu et les idées moins noires, donc dans un meilleur état d’esprit pour attaquer la tâche.

            Alors, soyons optimistes : si le syndrome de la page blanche vous assaille, dîtes-vous que justement, vous cherchiez une bonne raison pour profiter sans remords des nombreux festivals présentés cet été!


Karine

lundi 19 août 2013

Annoncer l'action

La journaliste : « J’ai parlé à plusieurs personnes qui m’ont toutes dit qu’elles ne s’attendaient pas à ce qu’une voiture fracasse la vitrine de ce restaurant. Écoutons le montage que je vous ai préparé. »
Témoin 1 : « Je buvais mon café en lisant mon journal, je n’ai absolument rien vu venir. »
Témoin 2 : « Ah, pour ça, c’est sûr, on ne s’attendait pas à ça… »
Témoin 3 : « Ce n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours… Si j’avais pu imaginer… qu’une voiture… fracasserait cette vitrine. »
La journaliste : « Alors, comme vous l’avez entendu, les témoins ont été plutôt surpris, ils ne s’attendaient vraiment pas à ce qu’une voiture fracasse la vitrine de ce restaurant. »

Cette structure répétitive est fréquente (et irritante) lors des nouvelles télévisées ou dans les articles de la presse écrite (qui reprennent la même information dans le titre, le sous-titre et le premier paragraphe). Dans un roman, elle est, le plus souvent, à éviter tout comme la variante (plus subtile) qu’est l’accroche qui détruit le suspense. « Il ne le sait pas encore, mais Martin sortira déçu de son rendez-vous chez le notaire. »

Connaître à l’avance le résultat d’une action ou d’une situation ne donne généralement pas l’envie de se faire raconter le déroulement de celle-ci. Dîtes-vous que pour savoir le résultat, le lecteur doit le mériter, et lire l’aventure tout comme le héros doit la vivre.

Bien sûr, une bonne accroche doit caractériser, mais elle ne doit pas nécessairement vendre le punch, aussi petit soit-il. Par exemple, un personnage ne s’écrira pas « C’est une cible ! » si la phrase descriptive qui précède est : « Des pierres blanches et rouges forment une cible sur le mur de la taverne. » Soit l’information passe dans la description, soit elle est gardée pour marquer l’étonnement du personnage dans le dialogue. Pour placer, tout de même, une accroche, il faut décrire sans nommer : « Des pierres blanches et rouges forment trois cercles concentriques sur le mur de la taverne. » Il est aussi possible d’éviter la répétition en enlevant le dialogue et en ajoutant simplement à la description : « Margot n’en croit pas ses yeux. »

Le lecteur aime être surpris. Alors, même si certains indices de l’information (ou de l’action) à venir doivent être fournis, annoncer ces informations en toutes lettres peut rapidement devenir lassant.



Caroline



lundi 12 août 2013

Bien démarrer un récit

Que vous rédigiez une courte nouvelle ou une série de plusieurs romans, vous connaissez l’importance que les premières phrases de votre récit ont sur l’intérêt du lecteur. Vous souhaitez ainsi que ce début soit accrocheur, mais aussi, qu’il soit à l’image du reste du récit, qu’il donne le ton.

Un bon début permettra au lecteur de se situer : il mettra en place le ou les personnages principaux, le lieu, l’époque et la situation de départ. L’erreur qui est souvent commise est d’entamer le récit par une longue description de ces éléments, ce qui entache le style et peut être ennuyeux pour le lecteur.

La solution passe par une description active, c’est-à-dire en plongeant vos personnages dans l’action dès la première phrase, tout en insérant judicieusement des informations sur le lieu, l’époque, les traits physiques ou de caractère de vos personnages, etc.

Vous serez peut-être aussi tenté de commencer votre récit par un dialogue puisque que ceux-ci ont la réputation d’ajouter du dynamisme. Rappelez-vous par contre que le lecteur a besoin d’être mis en contexte; vous aurez avantage à entamer un dialogue (deux ou trois répliques maximum), puis inclure un court paragraphe de narration qui vous permettra d’insérer quelques éléments de description, avant de retourner à la conversation engagée. Pensez également à étoffer vos incises, qui peuvent être de grandes alliées pour glisser subtilement bon nombre d’informations.

Mais peu importe l’angle choisi, de toute façon, compte tenu de l’importance de votre introduction, vous y reviendrez et la retravaillerez à coup sûr, et peut-être même de nombreuses fois. (Ceci dit sans vouloir vous décourager.)

D’ailleurs, bien souvent, le meilleur moment pour (ré)écrire le début de votre récit est lorsqu’il est terminé! En effet, une fois le point final posé, vous aurez une meilleure vue d’ensemble de votre histoire, une connaissance approfondie de la psychologie de vos personnages, et le style de votre récit se sera précisé. Tous ces éléments vous aideront à rédiger un début captivant et révélateur du potentiel d’intérêt que revêt votre histoire.

Karine

lundi 5 août 2013

Étoffer un personnage (2)

Un personnage, pour être intéressant, ne peut pas se limiter au strict minimum, il doit avoir un petit quelque chose de plus. Il doit nous donner l’envie d’en savoir plus sur lui, de prendre pour lui ou contre lui lors des épreuves amenées par l’intrigue.

Pour approfondir un personnage, nous pouvons utiliser la description, l’intrigue ou les lieux. Voyons maintenant ce qu’il en est de l’intrigue.


1. L’intention :
Les intentions des personnages ont un impact direct sur l’intrigue. Ce sont elles qui vont influencer les personnages à agir, ce qui au final permet à l’intrigue d’évoluer dans une direction plutôt qu’une autre.

L’inverse est aussi vrai, l’intrigue pourra changer les intentions des personnages, les mettre devant un conflit de valeurs et les obliger à choisir. Un personnage, même très studieux, pourra décider (avec un pincement au cœur) de ne pas prendre le temps d’étudier pour un examen parce qu’un ami est dans le pétrin et a besoin de son aide. De plus, les dilemmes permettent aux lecteurs de s’attacher aux personnages, parce qu’eux aussi trouvent la situation difficile et se demandent ce qu’ils feraient à leur place.

2. Les circonstances :
Les circonstances peuvent être des actions imprévues, des forces de la nature ou du destin, des traditions auxquelles nul ne peut se soustraire, etc. Elles peuvent être heureuses ou malheureuses, mais la façon dont le personnage y fera face, nous en apprendra beaucoup sur lui. Joue-t-il le jeu des traditions malgré qu’il les trouve ridicules ? S’arrange-t-il pour gâcher l’évènement sans qu’on sache d’où viennent les catastrophes ? Ou s’insurge-t-il haut et fort sur la place publique ?

Les circonstances, même celles qui sont moins importantes pour l’intrigue, peuvent tirer leur importance de ce qu’elles nous apprennent sur le personnage.

3. Les intrigues secondaires :
Comme dans la vie, nous restons rarement obnubilés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 par la même chose; un personnage qui ne s’intéresse qu’à la même intrigue peut devenir lassant. Une ou des intrigues secondaires permettent au personnage d’avoir une « vie » plus normale et, il semble alors beaucoup plus profond. De plus, ces intrigues peuvent venir enrichir l’intrigue principale en diversifiant les façons de la faire progresser.


Souvent, les personnages sont plus importants que les intrigues. En effet, nous relisons régulièrement des intrigues similaires seulement parce que les personnages, eux, sont différents. Donc, il est important de ne pas laisser l’intrigue se résoudre « toute seule », mais de permettre aux personnages de la prendre en main, de la faire évoluer jusqu’à son dénouement. L’intrigue met mettre les personnages en valeur, cependant, pour cela, les personnages doivent y prendre une part active.

Caroline