lundi 24 juin 2013

Étoffer un personnage

Un personnage, pour être intéressant, ne peut pas se limiter au strict minimum, il doit avoir un petit quelque chose de plus. Il doit nous donner l’envie d’en savoir plus sur lui, de prendre pour lui ou contre lui lors des épreuves amenées par l’intrigue.

Pour approfondir un personnage, nous pouvons utiliser la description, l’intrigue ou les lieux. Laissons de côté, pour l’instant, les deuxième et troisième pour s’intéresser à la première. Qu’est-il possible de décrire ? Trois éléments :

1. Qui est le personnage ?
            Ici, il est question de la description classique, elle s’apparente au portrait ou à la présentation. Ceci dit, il n’est absolument pas nécessaire de tout mettre d’un bloc, style fiche technique, à l’arrivée d’un personnage. Les informations peuvent être ajoutées au fur et à mesure de la progression de l’histoire.
             Pour avoir l’air vrai, cette description doit dépasser les simples besoins de l’intrigue. Un personnage peut par exemple très bien jouer aux dards pour s’aider à réfléchir sans que les dards aient quoi que ce soit à voir avec l’histoire.
               Alors, qu’est-ce qui définit un personnage : son apparence, son histoire, ses traits de caractère, ses sentiments, son statut social, son cercle familial et social, ses intérêts, etc.

2. Comment agit ou réagit le personnage ?

              Tout au long de l’histoire, le personnage sera mis en situation, c’est-à-dire qu’il devra agir ou réagir selon les évènements. Ses choix d’actions et de réactions sont des conséquences directes de sa personnalité (qui est le personnage), ils font donc partie de sa description qu’ils complètent ou enrichissent.
               Le personnage rit-il d’une blague ou lève-t-il les yeux en soupirant ? Se jette-t-il de façon impulsive dans la bataille ou attend-il de savoir ce que les autres vont faire pour calquer son comportement sur le leur ? Chaque geste doit être en accord avec qui est le personnage. Évidemment, un personnage peut être complexe, il peut changer ou évoluer, mais cela doit rester en accord avec son profil de base et les changements drastiques doivent être amenés graduellement (un personnage habituellement calme n’explose pas sans raison pour une peccadille; l’augmentation de sa colère (même s’il n’en parle jamais) doit être accessible pour le lecteur (par ses pensées, ses tics, ses mimiques, ses décisions ou autres).


3. Que dit le personnage et comment le dit-il ?
               Le personnage parle-t-il une langue populaire, familière, standard ou soutenue ? Comment est sa syntaxe ? S’exprime-t-il par euphémismes, par mots courts, de façon ambivalente ou prend-il le temps de reformuler deux fois sa pensée à chaque fois qu’il ouvre la bouche ? Ordonne-t-il chacun de ses caprices ou parle-t-il à tout le monde comme à des enfants ?
              Encore une fois, ses paroles seront influencées par sa fiche technique. Elles permettront de confirmer si, par exemple, le personnage est bien empathique comme il aura été décrit.


Lors d’une description ou pour chacune des interventions d’un personnage, il ne faut pas oublier qu’il doit être conséquent avec lui-même (agir selon ce qu’il est). Toutefois, il doit aussi être unique, autrement dit ne pas toujours réagir de façon neutre ou mécanique. Il doit surprendre, après tout même les gens que nous fréquentons régulièrement le font alors si un personnage que nous connaissons à peine n’arrive pas à le faire…



Caroline

lundi 17 juin 2013

Varier son vocabulaire

Nous possédons tous un vocabulaire passif, c’est-à-dire une série de mots dont nous connaissons la signification ou dont nous comprenons le sens si nous les rencontrons au fil d’une lecture ou d’une conversation, mais que nous n’avons pas le réflexe d’utiliser, que ce soit au quotidien ou lorsque vient le moment d’écrire.

Je vous propose aujourd’hui quelques actions à poser afin de transformer ce vocabulaire passif en vocabulaire actif :
  1. Lancez-vous le défi quotidien d’utiliser un nouveau mot dans vos conversations. Il ne s’agit pas ici d’épater la galerie avec des mots savants, mais de graduellement habituer votre cerveau à utiliser des termes plus recherchés, plus précis pour s’exprimer. De plus, pour les auditifs, votre cerveau retiendra plus facilement les mots que vous prendrez l’habitude de prononcer. Commencez avec des termes simples; par exemple, habituez-vous à dire « intersection » pour parler du coin de la rue.
  2. Dotez-vous de bons dictionnaires de synonymes et de cooccurrences, ou encore, apprenez à utiliser de façon maximale les logiciels tels qu’Antidote. Lorsque vous serez en période d’écriture et que le mot exact vous échappera, référez-vous à ces précieux outils. D’un mot à l’autre, d’une expression à une définition, je parie que vous finirez par trouver le mot juste. Et, plus vous utiliserez ces outils, plus vous serez habile et rapide.
  3. Dressez vos propres listes de vocabulaire, créez-vous des lexiques par thèmes selon vos champs d’intérêt ou les sujets abordés dans vos projets d’écriture. Pour ce faire, consultez des dictionnaires, des encyclopédies, des livres pratique, mais aussi Internet ou même des livres de fiction dont l’intrigue touche aussi à ces sujets. Pourquoi ne pas aller jusqu’à rencontrer un spécialiste en la matière? 
  4. Habituez votre cerveau à jouer avec les mots et les lettres, à chercher le mot le plus précis, le mieux approprié. Ce peut être les célèbres mots croisés, mots cachés et scrabble, ou des exercices littéraires plus poussés. L’important, c’est d’y prendre plaisir, puisque c’est ainsi que vous retiendrez le plus aisément le nouveau vocabulaire.

Maintenant que vous êtes des experts en la matière, dîtes-moi, par quels mots ou expressions aurais-je pu remplacer les six occurrences du mot « vocabulaire » dans ce billet de quelques 300 mots seulement?

Karine



lundi 10 juin 2013

Exercice littéraire (1)

Parce que nous n’avons pas besoin de tout « voir » pour se faire une idée des choses, un détail peut faire toute la différence dans une description.

Un détail peut ajouter à l’intrigue en amenant discrètement à l’avant-scène le petit élément qui sera d’une importance capitale quelques pages ou chapitres plus loin. C’est un procédé très utilisé dans le genre policier, mais il peut très bien servir pour d’autres genres.

Un détail peut aussi donner de la profondeur à un personnage, enrichir sa description (un désigner d’intérieur remarquera à coup sûr l’impression générale de l’aménagement d’une pièce, alors qu’un fleuriste nommera les fleurs du bouquet sur la table basse et qu’un architecte s’étonnera qu’un meuble ne s’effondre pas sous autant de poids).

Ce sont les détails qui rendent la description intéressante, mémorable. Savoir qu’il y a une table dans la cuisine ne fera dire à personne « Quelle surprise ! Si je m’attendais à ça… » Cela ne veut pas dire qu’il faut éviter les descriptions fonctionnelles, elles ont aussi leur place. Toutefois, les détails peuvent aider à les enrichir et les orienter par l’émotion, l’intention, les réflexions, l’histoire du personnage ou par les nécessités, les actions de l’intrigue.

Voici le petit exercice que je vous suggère pour explorer les possibilités des détails.

1. Commencer la description par un élément de détail en s’attardant sur le plus de sens possibles pour le décrire.

2. Replacer graduellement le détail dans son contexte.

La description peut porter sur un objet ou un lieu, mais elle pourrait tout aussi bien être une émotion ou une attitude (marquée par des rides d’expression) ou un personnage en tant que tel (en commençant par l’élément qui le distingue à coup sûr : son nez, une tache de naissance, etc.) ou une activité (par exemple, commencer la description d’un match de tennis par la pression de la main d’un joueur sur sa raquette).

Exemple : « Elle était ronde et belle à croquer dans sa pelure rouge. Une pomme parmi d’autres. Mais celle que, à coup sûr, j’aurais prise pour ma collation. Trois autres pommes l’accompagnaient dans le bol. Moins rouges, d’une rondeur peu régulière, elles m’attiraient peu. La banane jaune tachetée de noir et les deux prunes ratatinées qui complétaient le bol de fruits ne semblaient pas plus pouvoir combler ma faim. Un seul fruit sur sept m’apetissait. Quel score misérable pour cet agencement fruitier posé expressément au centre de la table et encadré par quatre chaises confortables dans le but presque avoué de me tenter par une nourriture plus saine que le gâteau caché dans le réfrigérateur quelque deux mètres plus loin… »*
Il est aussi possible de faire l’exercice inverse, commencer par une impression générale et lentement zoomer vers le détail que nous voulons faire ressortir.

Il ne reste plus qu’à déterminer quel détail est important.

Caroline



*SIMARD, Caroline, Stratégies pour améliorer la maîtrise du français, tome 1, Les productions Dans la Vraie Vie, 2001, page 72.

lundi 3 juin 2013

Le syndrome de la page blanche (astuce #1)


Vous êtes assis devant votre feuille ou votre ordinateur depuis plusieurs longues minutes, voire même des heures, et pas même le début d’une phrase ne s’est pointé le bout du nez. Vous le savez : vous êtes victime du syndrome de la page blanche. Soyez rassuré, il semble que tous les écrivains, novices et chevronnés confondus, sont un jour confrontés à ce dilemme.

Je ne m’inventerai pas doctorante en soin de la panne d’inspiration, mais j’aimerais de temps à autre partager avec vous quelques astuces pour déjouer le syndrome de la page blanche. Allons-y pour l’astuce #1 :

Lire, lire, lire…
Votre passion des mots ne sort pas du vide. En fait, je crois que je ne connais pas un seul écrivain qui n’aime pas lire.

Pour moi, il n’y a rien de plus inspirant que de lire les mots des autres. Parce que lire est un plaisir, c’est une activité réconfortante et relaxante, et donc lire rime avec détente. Mais aussi parce que lire me transporte, m’emmène loin du train-train quotidien et ouvre grand la porte de l’imaginaire et donc, de la créativité. C’est comme une petite thérapie douceur maison, qui calme l’angoisse (souvent à la source du syndrome de la page blanche) et permet à la créativité de prendre son envol, à l’inspiration de nous toucher.

De plus, dans tout processus créatif, que ce soit en peinture, en sculpture, en danse, en écriture, etc., il est fréquent de s’inspirer des autres, de nos prédécesseurs et des maîtres de notre art, mais aussi de nos contemporains, pour entamer notre propre création. Le genre littéraire pour lequel vous optez n’a pas d’importance (essais, romans, nouvelles, encyclopédies, poésie, livres pratique, biographies, etc.), l’important est d’abord de rejoindre vos intérêts, ou encore, question de joindre l’utile à l’agréable, d’être en lien avec votre projet en cours. Pour ma part, il arrive souvent que le style de tel auteur m’invite à essayer de nouvelles formes d’expression, que le personnage de ce roman-ci m’inspire une scène loufoque, que les péripéties de cet autre me donnent des idées nouvelles pour enrichir un de mes récits… Ainsi, j’ai l’impression qu’à chaque histoire lue, la fenêtre de mon imaginaire s’ouvre davantage.

Aussi, lire me réconcilie avec les mots. C’est un peu comme ouvrir un robinet et regarder l’eau couler goutte à goutte, puis plus intensément, jusqu’à remplir le bain, déborder, grossir et grossir pour devenir une rivière vive, grouillante, vivante! C’est ce qui arrive avec les mots lorsque je lis : ils coulent dans ma tête, bondissent entre les rochers et éclaboussent tout sur leur passage.


Alors, mettez donc de côté votre feuille ou l’ordinateur pour un moment, et tournez-vous vers votre bibliothèque; quelles surprises vous réserve-t-elle?

Karine